Majorque et le retour du transport écologique à la voile
Bien avant l’apparition des grands cargos à moteur, Majorque était déjà reliée à toute la Méditerranée grâce à des voiliers qui transportaient des marchandises entre ses ports. Aujourd’hui, alors que l’on recherche activement des alternatives plus écologiques, on assiste à un retour aux anciennes formes de navigation commerciale à faible empreinte carbone.
Aujourd’hui, on recherche un transport plus durable
Le souci de notre santé et de celle de la planète est à l’origine de nombreux projets visant à réaliser la transition écologique. Qu’il s’agisse des énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydroélectrique…), des véhicules électriques ou de l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, le monde semble se mobiliser sur cette question. Le transport de marchandises recherche également des alternatives viables et a redécouvert les voiles comme un élément d’une grande aide pour les navires, même les plus modernes.
La navigation à voile en Méditerranée au fil des siècles
Ce sont sans doute les Phéniciens qui ont été les premiers à parcourir la Méditerranée de long en large, faisant du commerce avec différents ports. Les Grecs l’ont fait également, et, plus tard, Rome a établi des liaisons très solides entre l’Hispanie et la péninsule italienne, transportant du vin, de l’huile et de nombreux autres produits. Au Moyen Âge, cette tradition s’est poursuivie, et Majorque était un carrefour névralgique de la navigation à cette époque et au cours des siècles suivants. En effet, l’école cartographique de Majorque produisait les meilleures cartes marines de l’époque médiévale. Tout ce commerce s’est toujours fait à l’aide de voiliers, jusqu’à l’apparition, au XIXe siècle, des bateaux à vapeur, bien plus rapides.
Majorque et les routes commerciales avec la France
Outre ses relations avec d’autres ports de la Méditerranée, Majorque entretenait des liens commerciaux très étroits avec le sud de la France. Il faut rappeler qu’entre 1865 et 1890, pendant les années de l’épidémie de phylloxéra en Europe, l’exportation de vin depuis Majorque a connu un véritable essor.
Cette catastrophe viticole n’avait pas encore touché l’île et, depuis le port de Felanitx (Portocolom), d’innombrables navires chargés de vins élaborés à Majorque partaient vers le port de Sète en France.
De même, depuis le port de Sóller, pendant de nombreuses années, des agrumes, de la charcuterie et des tissus ont été exportés vers divers ports de la côte sud française. L’influence de la culture française sur les habitants de Sóller est encore très présente.
Le retour d’une ancienne liaison méditerranéenne
Récemment, un groupe d’entrepreneurs du sud de la France, mené par Frédéric Dijol et Paul Guilhaumon, a pris l’initiative de proposer son propre service de transport à la voile, avec une empreinte carbone proche de zéro.
Leur bateau, le « Saveur », peut transporter jusqu’à 2 tonnes de marchandises écologiques dans sa cale, entre Majorque et divers ports de la côte sud française : Port Camargue, Sète, Agde, Gruissan, Banyuls-sur-Mer… Ils le définissent déjà comme le premier voilier de transport écologique du XXIe siècle en Méditerranée.

Cette initiative, baptisée ÉOL-LIEN par ses promoteurs, peut sembler à beaucoup n’être guère plus qu’une idée romantique, voire une utopie. Elle est pourtant déjà une réalité, et ses fréquents voyages vers Majorque pour charger des oranges, des citrons et d’autres produits de l’île en font une petite référence sur la voie de la transition écologique.

Réflexion finale
Une alimentation saine semble étroitement liée au respect de l’environnement, à une manière raisonnable de produire et de transporter les aliments. Le terme de « proximité » vient nous rappeler qu’il ne sert pas à grand-chose de bien produire si l’on doit ensuite brûler des tonnes de combustibles fossiles pour que ces aliments, produits dans le respect de l’environnement, parviennent jusqu’à notre garde-manger, voire depuis un autre continent.
Le projet EOL-LIEN réactive d’anciennes lignes commerciales entre Majorque et d’autres ports de la Méditerranée et, surtout, vise à contribuer à l’amélioration de l’environnement grâce à un transport à la voile bien plus propre et durable.
Nous avons précédemment publié un article qui évoquait le lien avec la France. Vous pouvez le lire en cliquant sur le lien suivant : La tradition des pâtés à Mallorca