Antiguos oficios en Búger
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Les métiers traditionnels de Majorque : les artisans de Búger

Il y a encore quelques décennies à peine, les villages de Majorque formaient de petits mondes autosuffisants. Chacun comptait des artisans spécialisés qui fabriquaient des outils, des ustensiles ou des objets indispensables à la vie quotidienne. Búger, l’une des plus petites communes de Majorque, se distinguait tout particulièrement par deux métiers aujourd’hui presque disparus : les fabricants de cuillères et les « picarolers ».

“Cullerer” (fabricant de cuillères)

Oui, c’est difficile à croire, mais le métier de fabricant de cuillères existait autrefois. En effet, les cuillères et les fourchettes étaient autrefois fabriquées à la main et en bois.

Le village qui se distinguait à Majorque dans cette activité est un tout petit village, Búger, qui compte à peine 1 000 habitants et qui, à son apogée, comptait jusqu’à 15 « Mestres cullerers » en activité.

Plusieurs essences de bois étaient utilisées, mais surtout le pin et l’oranger. Il fallait environ une heure pour fabriquer une pièce, même si le travail ne pouvait pas être effectué d’une traite.

Pour fabriquer une cuillère, il fallait commencer par du bois vert, car il était plus facile à travailler. Il fallait ensuite le laisser sécher, puis on pouvait creuser le creux et donner à la cuillère sa forme caractéristique. Parmi les outils indispensables à la fabrication des cuillères figurait la « xapeta », qui servait à évider le bois. Elle existait en différentes tailles selon qu’on souhaitait obtenir une cuillère, une petite cuillère ou une louche.

Pour les fourchettes, l’outil principal était le « xorrac », qui servait à façonner leurs dents caractéristiques. Les cuillères comme les fourchettes étaient ensuite finies à la lime et au papier de verre pour obtenir une finition plus lisse.

Couverts anciens en bois au musée de Manacor

“Picaroler” (fabricant de cloches)

Ce mot en majorquin désigne l’artisan qui fabriquait les « picarols » (cloches) pour les animaux, principalement les moutons et les chèvres, mais aussi pour les vaches.

Les « picarols » sont importants car chacun a un son différent, ce qui permettait aux bergers de reconnaître leurs animaux et de les localiser plus facilement.

Le village de Búger excellait également dans ce métier, bien qu’il soit aujourd’hui pratiquement disparu. Le travail n’était pas très difficile, mais il était très laborieux, et chaque maître avait ses secrets qu’il gardait jalousement.

Pour fabriquer un picarol, on commençait par marquer une plaque de fer à l’aide de gabarits de différentes tailles, selon le résultat souhaité. Ensuite, on la découpait, on lui donnait sa forme, on y perçait les trous pour l’accrocher, puis on fabriquait et on y fixait le batai (maillet). Le batai était la partie la plus difficile à réaliser, car s’il n’était pas bien fait, le picarol ne sonnait pas correctement.

Mais l’élément essentiel était le « cagaferro », une argile spéciale composée de terre et de végétaux marins ramassés sur la plage. On en recouvrait le picarol avant de le mettre au four pour lui donner sa finition. C’était extrêmement important pour que, une fois chauffé au rouge, le métal ne se brise pas et ne craque pas. C’était là le grand secret de chaque maître artisan : la formule du « cagaferro ».

Le résultat final, la cloche, existait en différentes tailles et portait également différents noms, selon son utilisation : « esquella » (vaches), « picarol gros », « quatre sous » (moutons), « quinze doblers », et la plus petite

picarol (cloche) avec collier en bois

Pourquoi ces métiers ont-ils disparu ?

Aujourd’hui, de nombreux emplois sont liés aux nouvelles technologies et, de manière générale, dans cette société du XXIe siècle, le secteur des services prend de plus en plus d’importance.

Mais autrefois, l’agriculture et la production artisanale étaient ce qui comptait vraiment. Les gens exerçaient des métiers pour subvenir à leurs besoins quotidiens, et c’est à cela qu’ils consacraient leur temps. La vie a beaucoup changé et aujourd’hui, tout est industrialisé ; tous ces produits sont fabriqués à la machine, en grandes quantités. Cela a considérablement réduit le coût du produit final, entraînant la disparition définitive de ces artisans de notre île.

Réflexion finale

Aujourd’hui, pratiquement plus personne n’a besoin d’un « cucharero » ni d’un « picaroler ». Cependant, connaître ces métiers permet de comprendre comment vivaient nos grands-parents et d’apprécier l’immense patrimoine artisanal qui a façonné l’identité de Majorque.

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