Les Français de Cabrera : l'île-prison des soldats de Napoléon
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Les Français de Cabrera : l’île-prison des soldats de Napoléon

Entre 1809 et 1814, des milliers de soldats français ont été abandonnés sur l’île de Cabrera, au large de Majorque, dans ce qui est considéré comme l’un des épisodes les plus durs de la guerre d’indépendance.

La photo de couverture montre le château de Cabrera.

Une petite île

Cabrera est toute proche de la côte sud de Majorque, à seulement 11 milles de la Colonia de Sant Jordi, et elle est très petite, puisqu’elle ne fait guère plus de 16 km². Roches, broussailles et pins caractérisent son paysage, mais il n’y a pas grand-chose d’autre. Le climat est sec, les étés très chauds et l’eau rare, si bien que la vie y est difficile.

Les Français de Cabrera
Carte topographique de l’île de Cabrera

Un peu d’histoire ancienne

Située à un carrefour stratégique du trafic commercial, Cabrera a été visitée par les différentes civilisations qui, dans l’Antiquité, dominaient la mer Méditerranée : les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains et les Byzantins. Plus tard, ce sont les pirates d’Afrique du Nord qui ont utilisé l’île comme base pour attaquer Majorque.

Le XIXe siècle et Napoléon

En 1799, Napoléon Bonaparte accéda au pouvoir en France, marquant ainsi de manière décisive l’entrée de l’Europe dans le XIXe siècle. En plus d’être un réformateur de la société, Napoléon était un excellent stratège militaire et, pendant près de 15 ans, il domina toute l’Europe occidentale et centrale. L’Espagne n’échappa pas non plus à ses ambitions d’expansion et, à la fin de l’année 1807, ses troupes entrèrent dans la péninsule ibérique sous prétexte de conquérir le Portugal.

Année 1808

Après avoir occupé plusieurs villes du nord de l’Espagne, officiellement en tant qu’allié du gouvernement espagnol, la présence des Français devient de plus en plus gênante. Des manifestations spontanées éclatent et finalement, le 2 mai, un soulèvement populaire commence à Madrid qui s’étend peu à peu au reste du pays.

La guerre d’indépendance éclate

L’Espagne ne dispose pas d’une armée aussi puissante que celle des Français, mais le peuple espagnol est très courageux et attaque les envahisseurs avec tout ce qu’il a. Avec des couteaux, des pierres ou des pots de fleurs lancés depuis les balcons. Tout est bon à prendre. Les femmes participent également et beaucoup y perdent la vie. Il faut chasser les Français, quoi qu’il en coûte !

La bataille de Bailén

Malgré les soulèvements populaires, les Français continuent d’avancer en Espagne. Notre armée est également prête à défendre le pays et, en juillet 1808, une grande bataille a lieu à Bailén, dans la province de Jaén. Le général français Dupont, avec environ 20 000 soldats, affronte les troupes du général Castaños, qui en commandait environ 27 000. La chaleur était insupportable et les Français n’étaient pas très habitués à de telles températures. Notre armée s’est battue avec beaucoup de courage, aidée par la population locale qui lui fournissait de l’eau et tout ce qu’elle pouvait. Au bout de plusieurs heures de combats, la fière armée française dut se rendre. Ce fut sa première grande défaite.

Les Français de Cabrera
La reddition de Bailén (de José Casado del Alisal) au musée du Prado

18.000 prisonniers

Tel fut le nombre de Français capturés. Que faire d’eux ? Dans un premier temps, ils furent confinés sur des pontons dans la baie de Cadix, mais la mauvaise alimentation et les maladies firent déjà des ravages. Les habitants de Cadix protestèrent : il fallait les emmener ailleurs. Il fut donc décidé d’envoyer une partie aux Canaries et une autre à Majorque. Là aussi, leur présence suscita la polémique et une solution radicale fut trouvée : les laisser à Cabrera.

 

crique de Cabrera

Les Français arrivent à Cabrera

Les débuts ont été difficiles : il n’y avait pas de bâtiments pour s’abriter, l’eau se faisait rare et la nourriture était acheminée depuis Majorque tous les 4 ou 5 jours… un peu de pain, des légumineuses et de l’huile. De toute évidence, cela ne suffisait pas pour près de 10 000 personnes. Mais les Français espéraient que cette situation ne serait que temporaire. Les officiers ont mis en place des potagers, organisé la pêche et construit quelques cabanes rudimentaires. Mais malgré tout, la vie à Cabrera était un cauchemar, un véritable enfer.

Les premières conséquences

Les cultures ne donnaient presque rien, la pêche était difficile et les vivres qui arrivaient ne suffisaient pas. La faim était féroce. Les vols se multipliaient. Tout comme la violence et les suicides. Les maladies touchaient presque tout le monde et beaucoup mouraient. Les cadavres s’entassaient, mais comme il n’y avait ni outils ni énergie pour les enterrer, on décida de les brûler…

faune
lézard de Cabrera

La faim, la faim, la faim

L’obsession de la faim poussait les prisonniers à manger des lézards, des insectes ou tout autre être vivant qu’ils pouvaient trouver. À mesure que la faim s’intensifiait et que la situation empirait, certains ont décidé de manger ce qu’ils pouvaient récupérer sur les cadavres de leurs compatriotes. D’autres préféraient de la viande plus fraîche ; ils cherchaient une victime, l’assassinaient et se livraient au cannibalisme.

Les Français de Cabrera
Gravure des Français au château de Cabrera

Fin de la tragédie

Il y eut des tentatives d’évasion, mais très peu aboutirent ; l’extrême faiblesse et les courants marins rendaient la tâche extrêmement difficile. Mais même le pire des cauchemars a une fin, et en avril 1814, la guerre d’indépendance prit fin. Au bout d’un mois, ceux qui avaient réussi à survivre à cet enfer furent secourus ; selon certaines estimations, ils étaient un peu plus de 3 000.

Si vous aimez l’histoire et souhaitez en savoir plus sur ces événements, nous vous recommandons le livre « Les Français de Cabrera » de Pierre Pellissier et Jérôme Phelipeau.

Cabrera aujourd’hui

Bien que Cabrera ait longtemps été destinée à des usages militaires, elle a été déclarée « Parc national maritime et terrestre » en 1991. Elle possède aujourd’hui un environnement naturel riche et très protégé.
L’histoire de Cabrera est l’un de ces épisodes méconnus qui montrent que Majorque est bien plus que du soleil et de la plage. Culture, nature et tradition font partie de l’identité de l’île, qui se reflète également dans ses produits les plus authentiques.

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