Histoire des noms de famille majorquins
Majorque est aujourd’hui un lieu très cosmopolite, peuplé d’habitants aux origines très diverses. Au fil de l’histoire, des gens venus de différents horizons s’y sont installés, et ce phénomène s’est amplifié ces dernières années. Avec eux sont arrivées des traditions, des coutumes, mais aussi leurs noms de famille. Dans cet article, nous parlerons des noms de famille majorquins, ceux qui sont traditionnellement considérés comme les plus typiques de l’île.
Comment étaient les noms de famille autrefois
Autrefois, les gens n’avaient pas ce que nous entendons aujourd’hui par « nom de famille », et dans notre pays, ceux-ci n’ont commencé à être utilisés qu’à partir des XIIIe et XIVe siècles. Cependant, les personnes avaient bien un prénom, un nom personnel que leurs parents leur attribuaient selon leurs goûts. Dans les communautés un peu plus importantes, et pour éviter les doublons, on ajoutait quelque chose pour les différencier. Ainsi, par exemple, nous avons tous entendu parler de Thalès de Milet, d’Antiochus de Syracuse ou de Jésus de Nazareth, le second nom n’étant pas un nom de famille mais simplement un lieu géographique.
C’était la norme dans l’Antiquité, à l’exception du monde romain et des Arabes classiques, qui disposaient de leurs propres systèmes pour désigner les personnes, plus complexes et particuliers.
Prénoms, noms de famille, influences et significations
Si l’on se penche sur notre histoire, on constate que bon nombre de nos prénoms et noms de famille actuels ont des influences, voire trouvent leur origine, dans différentes civilisations. Notamment dans les mondes hébreu, grec, romano-latin, germanique et arabe.
Ainsi, par exemple :
Du monde hébreu : Gabriel (de Gabri’el, qui signifie « envoyé de Dieu »)
D’origine grecque classique : Felipe (de Philippos, « amoureux des chevaux ») ou Nicolás (de Nikolaos, « victoire du peuple »)
Du monde germanique : Alfonso (de Adalfuns, « noble et disposé ») ou Ricardo (de Ricohard, « puissant et dur »)
D’origine latine : Antonio (du nomen « Antonius », un clan familial romain)

L’origine catalane de nombreux noms de famille à Majorque
En 1229, le roi de la couronne d’Aragon, Jacques Ier, débarqua à Majorque pour entamer sa conquête. Il était accompagné de centaines de chevaliers et de milliers de fantassins, principalement d’origine catalane, aragonaise, provençale ou génoise.
Cela entraîna un changement radical dans la population de l’île, où les anciens habitants musulmans furent pour la plupart massacrés, remplacés par les conquérants. Et avec eux, leurs coutumes et leurs noms de famille.
Il semble toutefois qu’après la conquête chrétienne, certains noms de famille d’origine arabe se soient maintenus, comme Binimelis ou Bennàssar (de Ibn-Nasr, ou « fils de Nàsser »), bien que ceux-ci soient peut-être davantage liés au nom d’une ferme qu’à une famille musulmane survivante.
Actuellement, 40 % des noms de famille considérés comme traditionnels aux Baléares sont en réalité des toponymes de Catalogne ; ainsi, par exemple, Lladó (ou Lledó) correspond à une commune de l’Alt Empordá. D’autres, comme Ferrer, ont également une origine catalane évidente, mais dans ce cas, ils sont tirés d’un métier (forgeron, en espagnol).
On trouve également des noms de famille liés à une caractéristique physique comme Mut (muet), à des traits de personnalité (Amorós), ou à certains animaux comme Vadell et Bou (veau ou taureau respectivement).
Curieusement, ici à Majorque, les noms de famille sont appelés « Llinatges » (en espagnol, ce serait « Linajes »), ce qui nous semble quelque peu ancestral, alors qu’en Catalogne, on les appelle « Cognoms ».

Quelques noms de famille majorquins particuliers
Noms de famille nobles
Que ce soit parce qu’ils ont soutenu le roi Jacques Ier lors de la conquête, ou parce qu’ils ont réussi à amasser une grande fortune au cours des siècles suivants, certains noms de famille ont accédé au rang de la noblesse majorquine. C’est le cas, par exemple, des Dameto, Zaforteza, Conrado, Ramis de Ayreflor, Puigdorfila, Dezcallar, Oleza et d’autres, même si aujourd’hui, bon nombre de leurs descendants ont des professions et mènent une vie comme n’importe quel autre citoyen ordinaire.

Noms de famille “xuetas”
Ce terme typiquement majorquin, et inconnu sur la péninsule, fait référence aux noms de famille des Juifs qui ont été contraints d’abandonner leur religion et de se convertir au christianisme. Il s’agissait des Juifs convertis.
Actuellement, ces noms de famille sont assez fréquents sur notre île, et les plus connus sont : Aguiló, Bonnín, Forteza, Fuster, Piña, Pomar, Miró, Picó, Segura, Tarongí…
Une nouvelle tendance dans les noms de famille à Majorque
Au fil des siècles, des noms de famille d’autres origines font leur apparition, comme Rigo ou Ferrari (d’origine italienne), même si c’est véritablement à partir des années 50 que le paysage change radicalement.
La forte immigration en provenance de la péninsule fait que les noms de famille considérés comme traditionnels perdent peu à peu de leur présence et, aujourd’hui, les García, Martínez, López, Rodríguez et Sánchez sont de loin les plus répandus dans notre communauté.
Selon l’auteur Gabriel Bibiloni, sur les 1 932 noms de famille les plus « traditionnels » qu’il a pu répertorier dans ses études et qui existaient déjà au XIIIe siècle, il n’en reste plus que 751. Parmi eux, on trouve Pons (très présent à Minorque), Ferrer, Serra, Riera, Oliver et Coll, qui sont aujourd’hui les plus courants sur l’île.
Le tourisme de masse a également apporté de nouveaux noms de famille d’origine européenne (allemands, britanniques, français, scandinaves ou autres) et, ces derniers temps, la présence d’immigrants maghrébins ou sud-américains vient à nouveau diversifier le spectre.
Bilan final
Les sociétés sont des entités vivantes en constante évolution, à l’image de notre île, qui subit sans cesse l’influence de nouveaux arrivants et de divers flux migratoires.
Il convient d’ailleurs de mentionner que jusqu’au XIXe siècle, on ne comptait à Majorque qu’un seul nom de famille, à l’exception des nobles qui en possédaient déjà deux, voire plus. C’est sous l’influence castillane qu’est apparue la coutume d’en avoir deux et, dans certains cas, la manière de les écrire a également été modifiée : en 1870, le registre d’état civil a commencé à fonctionner et de nombreux prénoms et noms de famille ont été adaptés à l’orthographe espagnole.
Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, mais ce qui est certain, c’est que les Majorquins auront des noms de famille dont les origines seront encore plus variées qu’aujourd’hui.
Cet article n’est qu’un bref résumé de la grande ampleur de ce sujet. Pour ceux qui souhaitent approfondir la question, nous recommandons le livre de Gabriel Bibiloni « Els cognoms de les Illes Balears ».
Si le sujet des noms de famille à Majorque vous intéresse, vous aimerez peut-être en savoir plus sur les noms de famille majorquins à Porto Rico, issus de l’émigration au cours du XXe siècle. Les Majorquins à Porto Rico
L’histoire de Majorque se perpétue également à travers ses traditions, ses villages et sa gastronomie, des éléments qui perdurent aujourd’hui dans de nombreux produits de l’île.
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